Inscriptions 2018
> >

Quelle Coïncidence !

Quelle coïncidence !

C’est un drôle de hasard...
Vous connaissez certainement un proche, frère, sœur, fils ou fille... d’un, d’une amie, cousin, cousine, qui vient de commencer des études de Design graphique, Design d’espace, Game Design, Design "quelque chose" dans une école "réputée"...
Et nous aussi, nous connaissons une personne dans cette situation...
Nous pouvons deviner que cette personne suit une formation diplômante type BTS et que le prix de la formation est d’environ 6000 € à 12000 € l’année... ou plus.

Le rêve de cet étudiant ?
Devenir Designer ou Space Designer... ou bien dessinateur, illustrateur pour la presse, pour des livres pour enfants...créateur de jeux vidéo... Et puis, s’il est une personne exceptionnelle, devenir DA (directeur artistique), un métier rare en tout cas...
Pas le genre de métier que tout le monde a ou aura tenté d’exercer une fois dans sa vie, pensez vous secrètement...
Malheureusement, nous pouvons deviner encore que cette personne ne suivra pas sa formation jusqu’au bout pour plein de raisons... toutes aussi légitimes que d’autres... Et nous devinons que cette année perdue, ou ces années perdues... jusqu’à 3 ou 4 ans d’une valeur financière peu anecdotique..., ne seront finalement pas si grave que ça, dans un contexte économique aussi difficile...

Après tout...
Pour les parents d’élève, soucieux du bien être de leur enfant, un coup d’épée dans l’eau est peut-être le "prix à payer" pour le bonheur professionnel à venir de leur progéniture. Tout le temps pendant lequel ils auront payé ses études, ils l’auront aussi consciencieusement mis à l’écart du sans emploi ou de la recherche d’emploi, que les autres de son âge, sans autre alternative financière, ont dû affronter de plein fouet… Et ça, ça n’a pas de prix. Et personne, selon vous, n’aurait l’idée d’en profiter...

Capital risque
Et il reste plus convenable de dire que le grand dernier a échoué dans ses études de Design qu’affirmer qu’il commençait à travailler dans la supérette du coin dès son bac en poche. Ou pire qu’il est allé faire des études à la fac... Sans but précis, sans retour sur investissement démontrable. Alors que cette école, c’est prouvé. C’est du solide sur lequel on peutinvestir sans risque.

Qui ne tente rien, n’a rien...
Et au fond, ils ont été bien prévenus...
On leur avait bien dit qu’il fallait être très très motivé et leur fiston n’a peut-être été que très motivé. Inutile de l’en blâmer éternellement... Ce n’est finalement la faute de personne... L’école avait assuré le presque plein emploi dans ce secteur d’activité, preuves à l’appui... Alors ce n’est pas de la faute de l’école…
Il suffisait d’y croire un peu plus ou d’y mettre plus de moyens... Ce sera pour une prochaine vie !
Et puis, de toutes façons, il fallait bien faire des études, il fallait bien qu’il s’oriente quelque part au moment d’APB (Admission Post Bac...) C’était un circuit tout tracé qui n’attendait de lui qu’un choix... Alors ici ou ailleurs. Alors certes, le choix était difficile et vous avez noté un véritable flou artistique dans ce milieu là. Alors vous avez fini par vous arrêter devant le plus rassurant… et quoi de plus rassurant qu’une école qu’on voit partout !
Mais dans tous les cas, au moins, dans votre recherche de l’école parfaite, une chose est restée certaine :

Toutes les écoles se valent bien dans leur bienveillance et leurs objectifs pédagogiques, non ?... Il serait tellement malsain que certains profitent de l’inquiétude toute légitime des parents d’élève que vous n’ avez pas osé l’imaginer…
Et cette école là assurait un taux de placement tellement bon, tellement crédible ! Et elle formait à tant de choses sympathiques, dont une bonne part vous a certes échappé mais qui avaient l’air très techniques...

Donc en résumé, la responsabilité de cet échec est :
1- du côté du marché du travail donc du gouvernement
2- du côté du fiston qui n’était pas assez motivé mais il s’en est fallu de peu..
3- du côté des autres élèves qui, eux, ont été très très motivés, ne laissant aucune chance à votre descendance"très motivée"...
4- du côté des profs, qui ont toujours eu des chouchous et qui ont préféré les "très très motivés"... aux autres.
5- il n’y a pas de 5 ème côté, et vous pouvez mettre les 4 premiers points dans l’ordre que vous voulez. L’école et sa direction restent irréprochables et l’ont toujours été.
Ou juste un hasard, malheureux. C’est la faute à pas de chance.
Une simple coïncidence qui fait ressembler cette école à une autre, où d’autres élèves échouent en masse, et qui fait ressembler votre expérience à celle d’une autre famille que nous connaissons.
Tout apparemment vous a pourtant aidé à faire le bon choix. Mais vous culpabilisez un peu de ne pas avoir réussi à le faire... le bon choix... Ce récit même vous fait culpabiliser et vous jurez de trouver qui peut avoir plaisir à écrire, sur un ton cynique et accusateur, une histoire qui ressemble à ce point à celle de votre famille...

Nous avons longtemps pensé que nous avions une oreille particulièrement sensible à ces histoires d’étudiants en design par déformation professionnelle... Ici à l’aéroport, là au supermarché, ici encore dans le bus, dans la rue, chez le médecin...
Nous devons finir par admettre ensemble que votre histoire n’est pas le fait d’une coïncidence et nous ne saurions d’ailleurs vous reprocher quoique ce soit.

Comment auriez vous pu éviter à vous ou vos proches de succomber :

  • à la morosité ambiante et aux chiffres du chômage qui vous font préférer ou vous oblige à investir lourdement dans le futur de vos enfants puisque tout semble indiquer qu’un seul antidote existe face à la recherche d’emploi… Un diplôme… Et plus il est cher, plus il semble efficace.
  • à ce discours omniprésent qui érige le Design en solution aux problèmes du monde actuel, à la télé, dans les magazines, dans les pubs, etc...
  • à des statistiques, souvent trompeuses, qui promettent le plein emploi dans un milieu en réalité plus saturé que les autres.
  • à cette façon d’évaluer les écoles et/ou d’entendre parler d’elles qui reste partout la même…

Comment auriez vous pu éviter de choisir une formation après bac dans la précipitation quand tout vous y a poussé avec zèle par le système APB, organisation méthodique du gâchis d’orientation professionnelle ? Quand tout ce que vous avez lu dans la presse spécialisée et vu a été minutieusement préparé pour que vous l’accueilliez avec bienveillance ?

Non, malheureusement, toutes les écoles ne se valent pas dans leur bienveillance et leurs choix pédagogiques. Certains choix pédagogiques ne relèvent que d’une écriture comptable et financière.

Non, toutes les statistiques des écoles d’arts privées ne sont pas justes et ne sont pas fondées sur des valeurs vérifiables…

Oui, ces écoles vous ont un peu ou beaucoup menti et Oui la responsabilité de certaines écoles et médias spécialisés est engagée dans ce joli capharnaüm.
Un joli hasard préparé qui devient au fil des années dangereux à long terme pour plus d’une famille quand les écoles continuent de répéter à grands frais de communication que l’art et le design sont la voie royale et quand elles savent cette voie parfaitement bouchée...

C’est le jeu du marketing me direz vous…

Effectivement, mais quand ces méthodes touchent à l’éducation et particulièrement à l’enseignement artistique et engagent l’avenir de futurs professionnels de ce secteur, mais engagent aussi le temps et l’argent de leurs familles, elles deviennent particulièrement toxiques à long terme et appauvrissent tout le monde...
Les familles qui engagent des frais exorbitants pour un enfant...
Les créatifs ou futurs créatifs qui échoueront dans leur course au diplôme ou échoueront ensuite à maintenir une activité professionnelle dans un secteur inondé par les milliers de créatifs, designers, infographistes, qui croient, eux aussi, être les premiers à s’installer...
Une bulle économique est en train de se former depuis quelques années dans l’enseignement privé, notamment l’enseignement artistique et, comme chaque fois, tout le monde veut y respirer à pleins poumons avant qu’elle n’éclate… Il est urgent de penser et d’appliquer de nouveaux modèles.

L’Art, le Design et la Créativité étouffent déjà.